Ni d’Ève ni d’Adam – Amélie Nothomb

Si je devais choisir un livre à lire un jour de pluie d’automne, je dirais, sans hésiter, Ni d’Ève ni d’Adam, roman écrit par Amélie Nothomb et paru en 2007. Il y a deux ans, je découvrais cette histoire d’amour unique d’après mes lectures, parmi les vingt-huit livres de l’auteure. Amour, ironie, tendresse, sensibilité, révolte et courage… Voici les mots-clés représentatifs de l’expérience de l’Européenne Amélie, au Japon.

Au-delà de l’histoire d’amour avec le Tokyoïte Rinri, Ni d’Ève ni d’Adam illustre avec finesse le franchissement des frontières culturelles, la nature insoumise, la sévérité typique de l’univers nippon et son histoire, la découverte de soi-même et de l’autre, l’admiration de l’écrivaine pour le Pays du Soleil-Levant. Le roman porte un regard ironique, amusé, mais à la fois révolté, sur l’univers japonais.

Pour Rinri, ce jeune ressentant une perpétuelle incompatibilité avec son pays et la culture nipponne, le temps passé auprès d’Amélie est une échappatoire, un moment de tendresse qui vient soigner les blessures d’une enfance traumatisée.

« ‒ À cinq ans, comme les autres enfants, j’ai passé les tests pour entrer dans l’une des meilleures écoles primaires. Si j’avais réussi, j’aurais pu, un jour, aller dans l’une des meilleures universités. À cinq ans, je le savais. Mais je n’ai pas réussi.

Je m’aperçus qu’il tremblait.

‒ Mes parents n’ont rien dit. Ils étaient déçus. Mon père, à cinq ans, avait réussi, lui. J’ai attendu la nuit et j’ai pleuré.

Il éclata en sanglots. […]

Je le serrais contre moi, murmurant des paroles de réconfort, l’assurant de son intelligence. Il pleura longtemps puis s’endormit.

J’allai contempler la nuit sur une ville où, chaque année, la majorité des enfants de cinq ans apprenaient qu’ils avaient raté leur vie. Il me sembla entendre résonner des concerts des larmes étouffées. […] Les autres, qui échouaient aux tests, savaient dès leur plus jeune âge qu’ils deviendraient, au mieux, de la chair à entreprise, comme il y eut de la chair à canon. Et l’on s’étonne que tant d’adolescents nippons se suicident. » p.68-69-70

Au-delà de la révolte, le Japon est un pays qui suscite l’admiration. En ce sens, il m’a profondément touché le fragment qui remémore « le moment Hiroshima ».

« Habiter une ville dont le nom [Hiroshima] signifiait, pour la planète entière, la mort avait exalté en eux la fibre vivante ; il en résultait une impression d’optimisme qui recréait l’ambiance d’une époque où l’on croyait encore en l’avenir. […]

Le musée de la Bombe me stupéfia. On a beau le savoir, les détails de l’affaire dépassant l’imagination. Les choses y sont présentées avec une efficacité qui confine à la poésie : on parle de ce train qui, le 6 aout 1945, longeait la côte en direction d’Hiroshima, y conduisant, entre autres, des travailleurs du matin. Les voyageurs regardaient mollement la ville par les fenêtres des wagons. Ensuite le train entra dans un tunnel et, quand il en sortit, les travailleurs virent qu’il n’y avait plus d’Hiroshima.

En me promenant dans les rues de cette ville de province, je pensai que la dignité japonaise trouvait ici son illustration la plus frappante. Rien, absolument rien, ne suggérait une ville martyre. » p.102-103

Le dénouement de l’histoire se construit autour d’une question dont la réponse pourrait changer fondamentalement le parcours existentiel d’Amélie. Abandonner l’homme aimé afin de ne pas se perdre ou rester et renoncer à soi-même ? Il ne s’agit pas d’égoïsme mais de comprendre l’incompatibilité d’Amélie avec un monde qui n’est pas le sien, avec une vie qu’elle doit vivre et qui n’est pas la sienne, de comprendre cette manière différente d’aimer et de s’aimer.

« On ne retient pas l’eau. Oui, je t’irriguerai, je te prodiguerai ma richesse, je te rafraichirai, j’apaiserai ta soif, mais que sais-je de ce que sera le cours de mon fleuve, tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

Ces êtres fluides s’attirent le mépris des foules quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d’éviter tant de conflits. » p.213

Si vous n’avez pas encore lu ce roman, je vous assure que vos jours automnaux ne peuvent être mieux accompagnés. L’histoire m’a fait rire et m’a profondément sensibilisée. C’est la lecture d’une expérience de vie qui fait vibrer.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s